Pourquoi l’EMDR fonctionne avec les enfants : l’importance du lieu sûr

« Le tableau devant moi, un père et sa fille enlacés, me fait penser à un Vermeer. La lumière de ma fenêtre irradie cette dyade. Le père tient dans ses mains les stimulateurs tactiles disposés en diagonale sur le corps de Flora. Du fait de l’âge de la petite fille, je ne lui demande pas de me parler. Comment pourrais-je demander à une enfant de me décrire ces horreurs ? Alors c’est moi qui le fais, j’énonce le mien, de 14 juillet, celui du clinicien qui a entendu toutes ces atrocités, tant et tant de fois. Je me lance, “on va y arriver, me dis-je, on va y arriver, André”, petit discours intérieur, petite voix imaginaire comme un Autre moi-même. J’ai la gorge serrée, c’est difficile, les patients défilent dans ma tête, les souvenirs affluent. Alors, d’une voix calme (c’est incroyable comme j’ai une voix calme alors que c’est une tempête en moi), je lui dis: « Flora, tu as peur la nuit car le soir te fait penser à cette soirée de juillet, celle du feu d’artifice. Ton cerveau est un peu bloqué sur ce moment-là… alors on va revoir tout cela comme un film, tu sais, comme les résumés des épisodes précédents dans une série Netflix ? Tu vois ? ». Elle acquiesce en me souriant, trouvant visiblement l’idée intéressante.

Dans la prise en charge du psycho-trauma chez l’enfant, la parole traditionnelle montre vite ses limites. L’EMDR s’impose comme une alternative efficace car elle traite le souvenir non pas par le récit verbal, mais par le corps et les sensations.

Le mécanisme : agir sur la mémoire sensorielle

Chez les plus jeunes, le traumatisme ne se stocke pas sous forme de récit, mais d’éclats sensoriels figés (images, sons, odeurs) dans le système limbique. Forcer un enfant à raconter l’horreur peut être re-traumatisant. Les Stimulations Bilatérales Alternées (SBA) permettent de retraiter l’événement directement au niveau neurobiologique, sans imposer le poids des mots.

L’exemple clinique : Flora et la sécurité incarnée

La prise en charge de la petite Flora, survivante de l’attentat du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais, illustre cette dynamique. L’enfant souffrait d’insomnies et d’une impossibilité douloureuse de quitter son père.

  • Un aménagement thérapeutique : Pour cette thérapie, Flora est restée sur les genoux de son père.

  • Le père comme lieu sûr : Chez l’adulte, le lieu sûr est une image mentale. Chez l’enfant, il doit être réel et charnel. C’est adossée physiquement à son père que Flora a pu intégrer, par étapes et au fil de sa croissance, les images et l’odeur du sang qui la submergeaient.

En EMDR, le changement ne vient pas de l’interprétation intellectuelle, mais de l’autorisation à réinvestir la perception en toute sécurité.

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