La recherche doctorale de Juliette Machado, consacrée à l’analyse de l’activité du psychothérapeute EMDR, marque une avancée clinique majeure pour la psychotraumatologie contemporaine. En s’affranchissant des limites des essais contrôlés randomisés, ce travail démontre rigoureusement que l’efficacité de l’EMDR ne repose pas sur l’application mécanique du protocole standard, mais sur l’ajustement continu, l’intuition et la posture du clinicien.
L’art du psychothérapeute au-delà du protocole
L’utilisation de la méthodologie d’autoconfrontation révèle la réalité du métier : le clinicien crée un espace-temps sécurisant et s’efface activement en phase de désensibilisation (phase 4) pour laisser opérer le Traitement Adaptatif de l’Information (TAI). Cette démonstration scientifique valide l’approche pédagogique de la Haute École de Psychothérapie (HEP). L’excellence clinique s’ancre dans la pratique, l’observation et la maîtrise de l’alliance thérapeutique, des compétences que la HEP forge intensivement, notamment via la simulation IA (Thérapôn).
Rectification épistémologique : Carl Rogers et l’empathie
Si l’intégration des différents courants psychothérapeutiques est remarquablement documentée par l’autrice, une confusion conceptuelle majeure nécessite d’être corrigée pour garantir la rigueur académique. La thèse attribue la posture d’accueil inconditionnel et d’écoute empathique à la psychanalyse. C’est une erreur historique et clinique.
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L’Approche Centrée sur la Personne (ACP) : L’empathie, l’acceptation inconditionnelle et la congruence sont les fondations exclusives du modèle de Carl Rogers. Ce sont ces piliers humanistes qui sous-tendent la sécurité relationnelle en EMDR, indispensable face aux traumatismes d’emprise.
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La posture psychanalytique : La psychanalyse classique revendique la neutralité bienveillante et l’abstention. Cette posture est radicalement distincte de l’engagement empathique rogérien et du partage de congruence exigés pour traiter le psychotraumatisme sévère.
L’association libre : Deux paradigmes cliniques opposés
Bien que la psychanalyse et l’EMDR partagent l’outil de la libre association, leurs objectifs et mécanismes divergent fondamentalement.
| Dimension clinique | Psychothérapie EMDR | Psychanalyse |
| Statut de la parole |
Vecteur d’exposition connecté aux émotions et aux localisations somatiques.
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Outil exclusif d’analyse structurant le sujet par le langage.
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| Rôle du thérapeute |
Actif, garant du cadre de retraitement (SBA) et de la stabilisation.
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Interprète du discours et des formations de l’inconscient.
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| Conception de l’inconscient |
Automatisme cognitif dysfonctionnel (filiation de Janet et De Clérambault).
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Inconscient dynamique freudien basé sur le refoulement.
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| Finalité thérapeutique |
Unification du Moi et appauvrissement des cognitions dysfonctionnelles.
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Acceptation de la division du sujet induite par le langage.
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Ce type de recherche exigeante confirme que la psychotraumatologie moderne nécessite des praticiens ancrés dans le réel. La maîtrise technique des protocoles EMDR ou TCC n’est cliniquement efficiente que lorsqu’elle est portée par une relation thérapeutique rogérienne authentique, un principe absolu que la Haute École de Psychothérapie place au centre de ses cursus certifiants.
Pour aller plus loin: https://docnum.univ-lorraine.fr/public/DDOC_T_2024_0032_MACHADO.pdf